« je ne crois pas à la science » …que faire en classe !? Une formation avec Lecointre

« Toutes les opinions se valent… je ne crois pas à la science » …que faire en classe de science !?

Savoirs, opinions, croyances,,Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe,,    Guillaume Lecointre (Auteur)Aujourd’hui, en classe de biologie de physique de chimie ou même de philosophie ou d’histoire, les enseignants peuvent se trouver confrontés à une contestation du savoir scientifique lorsque des questions vives (évolution, nucléaire, pandémie, vaccins, esprit critique, etc.  Cette contestation atteint parfois une intensité extrême et des violences graves.

Que répondre par exemple à  « Chacun croit ce qu’il veut… on est en démocratie! ».

Comment distinguer les objectifs d’apprentissage (p. ex  savoir utiliser la théorie de l’évolution pour prédire ou expliquer ) et la croyance religieuse, sur la création du monde, dans cet exemple.

Guillaume Lecointre, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle en France et auteur de Savoirs, opinions, croyances : Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe, animera une formation continue  organisée par Philippe Lavorel et Cyril Obadia

CO-01500 pour donner aux enseignants les moyens d’y répondre clairement, sans polémique, et de manière laïque.

Objectifs

- Permettre aux enseignantes et aux enseignants de distinguer, dans un cadre didactique, les savoirs, les opinions et les croyances.
- Identifier les enjeux scolaires et questions socialement vives en lien avec la contestation de la science en classe
- Envisager des outils didactiques pour répondre aux contestations de la science en classe.

JTS a compilé quelques extraits de Lecointre (2018) pour vous donner envie de lire cet ouvrage, ou d’assister à cette formation pour une belle opportunité d’entendre cet auteur remarquable, discuter avec lui et les collègues, pour mieux comprendre comment gérer en classe cette question délicate.
JTS propose aussi plus bas un éclairage convergent de Keit Taber dans « Masterclass in science education ». Un paragraphe titré de manière provocante : « il ne faut pas croire en l’évolution ».

Différences entre savoirs, opinions, et croyances

Pour cela, Lecointre détaille les différences entre savoirs, opinions, et croyances (religieuses ou non). Il explique comment la science produit des connaissances. Il rappelle que le cours de sciences est un espace collectif dédié au savoir, sans que cela soit incompatible avec la liberté individuelle de croire ou la liberté d’opinion. Il détaille l’articulation de ces notions dans la démocratie républicaine française (d’où la référence fréquente à la laïcité qui est une valeur très explicite dans ce pays).

Lecointre distingue une opinion personnelle, une croyance (religieuse ou non) et un savoir, notamment sur la base de la manière dont une affirmation est assumée et légitimée.  Cf. Table 1 (Lecointre 2018).

Affirmation Assumée… Légitimée par…
Savoir Collectivement Justification rationnelle ;
Ouverture à la réfutation
Croyance Individuellement Autorité / confiance ;
Indifférence à la réfutation
Croyance religieuse Collectivement Autorité / confiance ;
Fermeture à la réfutation
Opinion Individuellement Divers

Table 1 d’après  (Lecointre 2018).

Lecointre développe ce qui fait qu’un savoir est scientifique. Notamment le type de preuve reconnue dans la discipline.
Pour éviter la mécompréhension entre Physique, chimie, biologie, philosophie,il argument que deux régimes de preuves distincts se valent : la preuve expérimentale ou preuve «hypothético-déductive» et la preuve historique souvent utilisée en paléontologie. Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l’ouvrage de Lecointre p. 69

Rien qu‘une théorie ?

« Une théorie scientifique est un cadre conceptuel qui permet de relier entre eux des faits variés, des lois, des
règles de al manière al plus cohérente possible, et d’émettre des hypothèses, des conjectures et des prédictions. Plus une théorie est cohérente et complète, plus ses prédictions ont de chances d’être vérifiées. Une théorie est réfutable par la communauté des chercheurs, selon un processus complexe qui peut parfois être assez long.  » []« Le «que» suggère une dépréciation des théories par rapport aux faits. » […] [il est donc ] « urgent d’enseigner qu’en sciences il n’y a pas de faits possibles sans théorie pour l’appréhender.  » Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l’ouvrage de Lecointre p. 70

La science est collective et non l’œuvre de héros solitaires

Il relève aussi que la science est forcément collective (les recherches sont discutées dans des colloques et conférences, le débat se fait à travers les publications) , et le consensus y émerge. Pour un temps, puisque les progrès viennent régulièrement remettre en question, affiner, préciser les modèles scientifiques.

Les héroïnes et héros de la science peuvent susciter des vocations ?

Pourtant « l’héroïsation des chercheurs et/ou une vision mythique de la science, s’ils ont des conséquences négatives, suscitent malgré tout des fascinations, tout au moins des réactions positives et des vocations vers le métier de chercheur ou chercheuse et d’autres métiers qui sont en lien avec la science ». Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l’ouvrage de Lecointre p. 73

Faut-il croire ? Peut-on éviter de croire au moins temporairement ?

Pour Lecointre  » croire peut être d’abord [compris] comme l’expression d’un manque temporaire de données, et souvent, un pis-aller devant la complexité des phénomènes que nous tentons d’appréhender.[…]Mais dans tous les cas, nous ne faisons rien d’autre que de croire, avec une tendance à choisir – sans doute inconsciemment – dans l’accumulation des témoignages, tous partiels et parfois contradictoires, ceux qui confortent notre propre vision des choses.  » Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l’ouvrage de Lecointre pp. 93-94

Pour un autre éclairage de cette question, en particulier comment enseigner la science et exiger de l’appliquer à des exercices et des examens ne doit pas être en contradiction avec les croyances des élèves  voir aussi Taber, K. (2019). Ch 11  ( le lecteur saura utiliser un des traducteurs automatiques disponibles sur internet si nécessaire)

 » Most importantly, the reflective approach does not ask students to change what they believe. In the science classroom, we do not champion or question anyone’s religion. What we do ask in science is that students understand the scientific theory and they appreciate why this idea has become the current consensus understanding in science. If they can do that, they can answer examination questions in science. Perhaps a better understanding of the theory and the evidence may lead them to question a faith-based rejection of evolution, but that should not be the aim of teaching. […] Perhaps a better understanding of the scientific account will allow them to engage with arguments against the science from a position of securer knowledge of what it is that is actually being criticised. If we are confident of the science, then that is not something we should be concerned about. What is important though is that science is taught in a way that does not directly seek to challenge anyone’s beliefs, and that the science itself is not compromised. Presenting natural selection as theoretical and the best current naturalistic account (rather than as a proven, absolutely true account) is true to the science, and to the nature of science. It is against the nature of science to ever teach it (or any other model or theory) as a dogma. » Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l’ouvrage de Taber pp 173-174 ch 11,
« You should not believe in evolution!

« Given that teaching the theory of natural selection to students who have no principled reason to object to it is challenging enough (see Chapter 11), having the additional complication of teaching students who object to it on religious grounds (or who have been informed by the new atheists that it is in competition with their religious views) adds a major additional complication. The approach that is recommended here is unlikely to completely avoid some degree of conflict for some students, but it should help in most cases. It is not the teacher’s job to ask students to believe in a scientific theory such as natural selection. Indeed, if teachers are doing their job well in teaching the theory, the students will not believe in it. Science is not about belief, and the role of the science teacher is not to persuade students that a scientific account is true. The science teacher is charged with helping students understand (and so be able to apply) the scientific models and theories. It is part of science teaching to help students see why scientists have come to currently adopt a particular idea, but they do not have to be convinced about it themselves. Indeed, we would hope that scientists remain open-minded – open to new evidence that challenges current ideas, or to a new way of thinking that actually makes better sense of the available evidence. A scientist should be convinced that the ideas they apply offer the best currently available basis for understanding the existing evidence, but not that they represent an absolute and fïnal account of nature Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l’ouvrage de Taber p. 160 ch. 6


Références

  • Lecointre, G. (2018). Savoirs, opinions, croyances : Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe. Belin éducation.
  • Taber, K. (2019). MasterClass in science education : Transforming teaching and learning.

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